Manille philippines 1

Manille, la capitale des Philippines, n’est certainement pas le meilleur endroit où commencer un blogue de voyage. Les attraits touristiques se font rares et à l’hôtel, on nous propose même d’aller faire un tour au centre d’achat!

Colonisée par les Espagnols, la ville fut fortifiée par une grande muraille munie de balustrades et de pont-levis. De grandes plazas et des églises ont été construites, les rues pavées de pierres et un couvent grandiose érigé en plein centre des fortifications. Le quartier Intramuros n’avait rien à envier aux colonies d’Amérique et était considéré comme un des joyaux d’Asie. Envahie par des pirates chinois, par les Britanniques, les Américains et les Japonais, la ville a tout de même survécu jusqu’à la toute fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Durant les combats pour le contrôle de Manille, les atrocités commises par les Japonais et les bombardements américains firent plus de 150 000 morts, pour la plupart des civils, et laissèrent la ville en ruine. Seule l’église St-Augustin a survécu à la destruction.

manille saint augustin

De nos jours, dans les quelques rues pavées aux bâtisses restaurées de la vieille ville, les calèches tirées par des chevaux amaigris sont plus nombreuses que les touristes. Pourtant les murailles de pierres, les balustrades avec de vieux canons et le mélange éclectique entre l’architecture espagnole et asiatique ont un certain charme. On en a malheureusement très vite fait le tour. 

manille intramuros

On s’arrête par curiosité, mais aussi parce qu’il y a l’air conditionné, dans un petit musée sur la vie de José Rizal, révolutionnaire tué en 1896 à l’âge de 35 ans par un peloton d’exécution pour avoir comploté contre le gouvernement. Plus on en apprend sur sa vie, plus on est intrigués. Au même âge que nous, il parlait 22 langues, avait travaillé comme traducteur, publié 2 romans, de nombreux poèmes, fondé un mouvement politique et était reconnu en tant que sculpteur, peintre et caricaturiste de grand talent. Dans ses temps libres, il devient expert en escrime, découvre deux espèces de lézard qui portent désormais son nom, obtient sa licence de médecin et comme si ce n’était pas assez, il gagne à la loterie! Avec ses gains, il achète une île où il fonde une école pour les jeunes défavorisés. Tout d’un coup, on a comme l’impression d’avoir été un p’tit peu paresseux en comparaison de ce que nous avons réalisé depuis nos 35 dernières années. Pas surprenant qu’une religion culte nommée Rizalista se soit développée et que ses membres considèrent José Rizal comme une réincarnation du Christ.

Manille n’a pas vraiment de centre-ville. À l’extérieur des murailles intramuros il existe plusieurs quartiers plus chaotiques les uns que les autres où habitent près de 12 millions d’habitants. Ça fesse fort, tous les sens sont assaillis. Manilla, ne fait pas dans la subtilité. Dans

Malate, le quartier où on loge, la pollution, le trafic, le bruit et la chaleur ont de quoi déstabiliser, mais ce qui nous rentre le plus dedans, c’est le clash entre les riches et les pauvres. Les mendiants et les enfants de la rue (ils seraient environ 30 000 dans la capitale) vivent dans des conditions inhumaines à quelques pas des tours à condos de luxe et des centres commerciaux modernes. Deux enfants d’environ 6 ou 7 ans dorment à plat ventre dans la saleté près d’une bouche d’égout qui déborde. L’odeur d’urine et de la fumée des voitures est étouffante. Un homme d’affaires en habit griffé passe sans détourner le regard de son iPhone. Un mendiant amputé des deux jambes et d’un bras se traine péniblement sur le trottoir avec son unique main pour aller mendier aux passants. L’extrémité de ses moignons sont des plaies purulentes autour desquels les mouches tournent. Sur une terrasse de l’autre côté de la rue, un jeune couple branché sirote des cocktails multicolores. Nous, on est tout à l’envers. Il faut croire que l’on s’habitue à tout.

Le soir venu, sur Adriatico, une des avenues principales, les salons de massages glauques et les karaokés avec hôtesses s’enchainent. Les enseignes au néon affichent presque toutes en japonais et en coréen. Deux peuples qui doivent vraiment adorer les massages et pousser la chansonnette à voir le nombre de touristes que ces établissements attirent. Bizarrement, tous des groupes d’hommes pas trop trop jolis. Les occidentaux, eux, se rassemblent dans les bars en tête à tête avec leurs nouvelles conquêtes. Les superbes jeunes Philippines semblent avoir le béguin particulièrement pour les hommes d’âge mûr, bedonnant et qui perdent leurs cheveux. Pas surprenant que discrètement dans la rue, ce n’est pas du pot qu’on nous offre, mais du Viagra ou du Cialis! Les petites filles qui quêtaient plus tôt dans la journée vendent maintenant des roses aux tables de ces vieux dégueulasses qui ne voient rien de mal à traverser la moitié de la planète pour venir agresser des femmes exploitées et profiter de leur pauvreté.

Finalement, on finit au centre d’achat comme on nous l’avait conseillé tellement on a envie de foutre des claques, mais aussi encore une fois pour l’air conditionné. À l’intérieur, c’est bondé de gens. En plus des boutiques chic, il y a de beaux restos, un cinéma, des pubs tendance et même des clubs hyper modernes. C’est l’endroit parfait pour faire des rencontres. Les Philippins sont tellement souriants et en plus, la plupart parlent anglais. Notre meilleur souvenir de Manille, ses habitants.

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