Sagada philippines 3

Les membres de la tribu Igorot habitent la ville de Sagada dans la région montagneuse du nord des Philippines. Ils ont des rites funéraires assez uniques. Le corps du défunt est attaché à une chaise avec des lianes et du rotin, couvert d’un drap et placé devant la porte d’entrée de la demeure familiale pour y être veillé pendant quelques jours. Le cadavre, qui doit commencer à sentir fort et être pas mal raide à ce stade, est ensuite détaché de la chaise et placé de force en position foetale dans un petit cercueil. La famille construit ensuite, à flanc de montagne, des échafauds rudimentaires avec des bouts de bois pour pouvoir hisser le cercueil le plus haut possible et le fixer à la falaise. Une fois bien ancrés, les échafauds sont démontés et la dépouille reste là à plusieurs mètres du sol. La tradition aurait pour but de rapprocher le mort de ses ancêtres, mais aussi de le protéger des tribus de chasseurs de tête qui auraient vu un corps enterré comme une proie facile.

Sagada cerceuil 1

Les morts qui ne sont pas suspendus sont installés à l’abri dans des grottes secrètes connues seulement des ainés. La caverne de Lumiang, qui elle n’est plus secrète du tout, est accessible aux touristes accompagnés d’un guide. À l’intérieur, près d’une centaine de cercueils sont empilés les uns par-dessus les autres sans dates ni noms, ce n’est pas ce qui compte. L’important est que même en étant cachés, la lumière du jour puisse les atteindre pour les protéger des mauvais esprits. C’est pourquoi ils sont tous amoncelés près de l’entrée de la grotte.

cerceuil sagada 2

Jordan, notre guide, après avoir parlé de mort toute la matinée, allume une lampe à l’huile qui éclaire à peine. Ensuite, il nous fait signe de le suivre vers une crevasse qui mène vers les entrailles de la Terre et on entend le bruit des chauves-souris. L’ambiance est magique! Ça descend raide et ça glisse à cause de l’eau de pluie qui s’égoutte, de la boue, mais surtout à cause du guano. À certains moments, il faut se coincer le corps entre les rochers pour se laisser tomber graduellement vers le bas. À d’autres endroits, on fait du rappel avec une corde pour descendre encore plus creux. On avance en suivant la faible lueur de la lanterne, de l’eau glaciale jusqu’aux genoux. Il fait à peine 13 degrés à Sagada. On nous avait parlé de faire un tour dans une grotte quand on a rencontré le guide, on ne s’attendait pas à ça! Ça fait deux heures qu’on s’enfonce toujours plus profondément, avoir su, on n’aurait peut-être pas mis nos gougounes. Juste assez dangereux pour avoir une bonne dose d’adrénaline, une expérience vraiment trippante. 

grottes sagada

En sortant de la grotte, il se met encore une fois de plus à pleuvoir. Un pick-up s’arrête et nous fait monter dans sa cabine pour nous ramener au village. Debout, à l’arrière, sous la pluie, à toute vitesse, encore un peu d’adrénaline merci. On voit de magnifiques paysages, pas étonnant que l’endroit soit aussi apprécié pour ses randonnées en montagne que pour la culture de ses habitants.

Sagada

Sagada, c’est trois ou quatre rues, où s’alternent les boutiques de souvenir, les hôtels et les restos qui servent du poulet et du riz, ou du riz et du poulet. Un marché public et un centre communautaire où on peut engager un guide pour visiter les grottes ou faire un trek. La ville est tellement populaire que la fin de semaine, tout Manille semble s’y donner rendez-vous. Petit conseil, si vous ne voulez pas vous ramasser dans un hôtel médiocre et hors de prix comme nous, réserver est une très bonne idée. Le lundi matin par contre on croirait avoir l’endroit à nous tout seul, parfait pour aller faire une petite marche en montagne. Un brouillard quasi permanent flotte autour des collines et donne une ambiance lugubre aux forêts de pins environnantes. C’est tellement reposant après le chaos de Manille et de Baguio. Le soir, on se détend en buvant un thé bien chaud. Prendre un verre, oubliez ça, pas de night life ici. À huit heures tapant, les quelques lampadaires s’éteignent et la ville est plongée dans la noirceur la plus totale. Il règne un silence absolu brisé seulement à l’occasion par les aboiements de meutes de chiens errants qui ont repris possession des rues. Mieux vaut être rentrés!

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