Les tulous du Fujian Chine 2

Tianluokeng

La principale raison qui nous amène dans la province du Fujian n’est certainement pas de manger des chips, enfermés dans une chambre de banlieue en regardant tomber la pluie. Dans les collines de l’ouest se trouvent d’immenses maisons fortifiées en terre à l’architecture unique, les tulous. Depuis que nous sommes tombés par hasard sur des photos sur internet, on rêve d’aller y faire un tour. Quand on apprend qu’on peut y passer la nuit, la décision se prend rapidement. On réserve dans une maison d’hôtes dans le village de Taxia. Le seul problème, c’est de s’y rendre. Les informations sur internet sont incomplètes et datent de plusieurs années. En plus, le courriel de confirmation de l’hôtel est uniquement en chinois. Sur la carte, la station de train la plus près se trouve à Nanjing. On prend une chance et on achète deux billets.

Aussitôt débarqués du train, une dame d’un certain âge vêtue d’un p’tit coat de cuirette à franges et d’une mini-jupe sortie tout droit des années 80 nous approche, tout excitée, en criant tulou, tulou! On a à peine le temps d’acquiescer d’un signe de tête qu’elle nous tire par le bras et se met à courir. Risquant de se fouler une cheville à chaque enjambée sur ses talons beaucoup trop hauts, toujours en hurlant tulou. Morts de rire, on court, on ne sait pas pourquoi, mais on court. Assis dans un bus après notre course folle, on montre notre réservation d’hôtel aux autres passagers qui semblent tous approuver en entonnant à l’unisson tulou, tulou ! Une heure plus tard, la responsable du minibus, dans son accoutrement complètement inapproprié pour la campagne chinoise, nous fait descendre devant un édifice démesuré perdu au beau milieu d’un champ. Sur la façade, il est inscrit en grosses lettres TOURIST CENTER. À l’intérieur du bâtiment, assez grand pour accueillir des milliers de personnes, il n’y a que nous et une employée qui somnole à son comptoir. On la réveille. Elle nous dit tulou. On lui répond tulou. Elle nous vend deux billets puis nous mène à une salle d’attente déserte où on attend probablement un autobus pour le village de Taxia. On croise les doigts.

Quelques minutes plus tard, une guide avec un petit drapeau en guise de point de repère, criant des explications dans un mégaphone à plein volume, suivie par 6 touristes locaux, s’assoit à côté de nous. Les Chinois semblent adorer les groupes organisés, avec leurs t-shirt identiques et leurs petites casquettes de couleurs flash pour être sûr de ne pas se perdre. Plus le groupe est grand et bruyant, plus ils ont l’air heureux. On échange quelques salutations et comme toujours, la séance photos commence. On prend des selfies avec chacun d’entre eux. En Chine, on se sent comme des rock stars à force de poser pour des photos. Quand leur bus arrive, on leur souhaite une bonne visite, mais ils nous font signe de monter à bord. Semblerait qu’on a payé pour une visite guidée de la région, ça risque d’être particulier.

Premier arrêt, un belvédère où on peut enfin apercevoir la commune de tulous de Tianluokeng. Les magnifiques maisons rondes et leur toit de tuiles d’argiles surprennent par leur envergure dans un lieu aussi éloigné. Pas étonnant que les Américains les aient pris pour des silos à missiles sur leurs images satellites durant la guerre froide. Tout le monde prend son selfie à l’endroit indiqué par la guide avec son mégaphone qui nous casse les oreilles et on remonte aussitôt dans le bus, pas de niaisage.

Tianluokeng

Les forteresses ont des murs construits avec un mélange de pierre, de bambou, de bois et de terre d’une épaisseur d’environ 6 pieds et font plusieurs étages de haut. Les premiers étages qui servent d’entrepôts n’ont pas de fenêtre par mesure de protection contre les bandits et la seule et unique entrée est protégée par une massive porte de bois et de fer forgé. Les logements se trouvent aux étages supérieurs. Certains tulous accueillent jusqu’à 80 familles d’un même clan, ce sont les premiers condos chinois. Au centre de la cour centrale se trouve un temple pour honorer les ancêtres, mais aussi les cuisines, des puits et les toilettes. Notre deuxième arrêt, Yushanglou, résiste aux tremblements de terre, aux intempéries et aux guerres, depuis près de 700 ans. Construit en 1308 par le clan Liu, il s’agit d’un des plus grands et des plus anciens tulous encore habités. On y prend le thé paisiblement, c’est superbe et les habitants sont très accueillants. Pendant ce temps, le reste de notre groupe prend encore plus de selfies et achètent des souvenirs cheaps.

Yushanglou 2

Yushanglou 1

Yushanglou 3

On arrive finalement au village de Taxia. À notre sortie du bus un homme nous attend pour nous conduire chez lui, c’est le propriétaire de notre maison d’hôtes. Quelqu’un, quelque part sur notre route, doit forcément avoir fait un téléphone!

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