Lanzhou Chine 11

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En sortant de la gare de Lanzhou, trois cents mètres vers notre gauche sur l’avenue principale, au numéro 67, devrait se trouver l’hôtel Apolo. Pourtant, il n’y a devant nous qu’une vingtaine de hautes tours à logement qui tombent en ruines, toutes identiques, grises et monotones, mais surtout sans adresse. Le genre de projet immobilier qui a été copié-collé partout en Chine, sans parc ni verdure aux alentours, sous un smog atroce qui voile le ciel et les rayons du soleil. C’est une vision plutôt glauque et assez déprimante. On vérifie une deuxième fois notre carte, c’est bel et bien le bon endroit.

Il n’y a rien de formidable à visiter ici, aucune raison de s’y arrêter sauf pour passer d’un train à un bus, mais les transports, on en a assez pour aujourd’hui. Deux touristes perdus avec leur sac à dos dans les quartiers résidentiels de Lanzhou, on ne doit pas voir ça tous les jours. On fait la connaissance de Lizzy, une jeune dans la vingtaine surexcitée par notre présence. Elle nous offre son aide malgré sa timidité et son anglais limité. Elle replace ses grosses lunettes pour mieux lire l’adresse de notre hôtel puis nous prend par la main comme deux enfants pour nous faire traverser la rue vers l’un des immeubles tristes. À l’intérieur, comme seul éclairage, un faible néon qui clignote, c’est franchement lugubre et une forte odeur d’humidité et d’urine nous prend à la gorge. Sur les murs sales, des graffitis et de vieilles affiches de propagande à moitié déchirées, le décor parfait pour un film d’horreur. Les secousses et le bruit strident des poulies de l’ascenseur qui grincent jusqu’au huitième étage ne nous inspirent pas du tout confiance. Notre nouvelle amie cogne à une porte, la fameuse 67. On entend des mouvements de l’autre côté, quelqu’un regarde par l’œil magique mais aucune réponse, elle téléphone. Après une longue discussion, elle nous annonce que l’hôtel est plein. On avait pourtant pris la peine de réserver. Ils n’ont peut-être pas envie de recevoir des étrangers dans leur hôtel et finalement, on n’est pas trop déçus.

Lizzy nous prend encore une fois par la main et on la suit sans trop savoir où elle nous emmène. On rentre dans une tour un peu moins sinistre, puis dans un appartement bondé de gens. Dans les 4 pièces du logement et dans le corridor, empilés les uns par-dessus les autres, des lits capsules comme au Japon. Si on a bien compris, elle vit là depuis un an. On ne sait pas trop si c’est un hôtel ou une résidence étudiante, mais à 5 dollars la nuit on est bien content.

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Pour la remercier, on l’invite au restaurant. À travers toute la Chine, Lanzhou est réputée pour sa soupe au bœuf et aux nouilles fraiches étirées à la main, c’est délicieux. Si ça vous dit d’y goûter et de voir la préparation des nouilles, il y a un endroit dans le quartier chinois qui apparemment en fait de très authentiques.

Lanzhou chine

On repart bras dessus bras dessous visiter la ville. Premier arrêt, l’université. On ne sait pas trop pourquoi, mais notre guide attitrée semble tellement heureuse de nous la faire découvrir. À un certain moment, on parcourt les laboratoires du département de chimie et on ne comprend vraiment pas ce qu’on fait là parce qu’elle n’y étudie même pas. On continue de la suivre et elle nous répète plusieurs fois, avec un magnifique sourire, qu’elle se sent comme dans un film avec des étrangers.

On prend un bus jusqu’au centre-ville qui grouille de monde. Il y a des enseignes lumineuses et des écrans géants partout. On traverse le marché de nuit, puis la place principale où les gens font leur aérobie. Lizzy demande son chemin à plusieurs passants et semble incertaine chaque fois qu’elle regarde la carte sur son téléphone. On tourne en rond depuis plus d’une heure. On cherche quelque chose et on aimerait bien savoir ce que c’est!!!

Finalement, elle se met à sauter et à crier de joie, elle a trouvé! Un petit resto qui sert un genre de porridge gluant aux fruits, de la purée de fèves rouges et d’autres desserts bizarres qu’il faut ABSOLUMENT gouter. Pour nous gâter, elle en achète 3 de chaque sorte, c’est elle qui invite et elle en est fière. Première bouchée, merde, c’est franchement dégueulasse mais on doit garder le sourire. Elle dévore ses plats à une telle vitesse qu’elle en est essoufflée. Elle a l’air d’être en plein orgasme culinaire tellement elle se régale. Les yeux pétillants de plaisir, elle nous regarde et nous demande si on aime ça. C’est presque aussi mauvais que le tofu qui pue, mais on lui répond tout de même que c’est merveilleux.

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De retour à l’appartement, on croise un garde de sécurité qui parait furieux contre nous. Lizzy se fond en excuses puis on monte rapidement dans l’ascenseur. À l’intérieur, elle nous fait signe que son cœur bat à toute allure dans sa poitrine. Elle est très nerveuse et nous répète plusieurs fois le mot dangerous. On ne saisit pas le problème, intrigués, on va tout de même se coucher après avoir fait nos adieux. Demain, on part tôt vers un village tibétain perdu dans les montagnes.

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