Xia’he Tibet 1 (Chine 12)

Xia'he Labrang

Après plusieurs heures sur une route grandiose qui zigzague entre les sommets enneigés de montagnes majestueuses, l’autobus s’arrête en plein cœur des steppes isolées du plateau tibétain. À plus de 3000 mètres d’altitude, au beau milieu de nulle part, le chauffeur nous fait signe de descendre et de marcher tout droit. Nous sommes les seuls à descendre ici, c’est mauvais signe. À peine quelques pas et on a déjà le souffle court, l’altitude se fait sentir. La route fait une fourche, à droite comme à gauche on ne voit rien à l’horizon, c’est pourtant le plat total sur des kilomètres. À perte de vue un paysage magnifique, mais désertique. Quelle direction vers le village de Xia’he? Un panneau indique 夏河 d’un côté et 合作市 de l’autre, ça ne nous aide pas beaucoup. Dans notre guide, Xia’he ne s’écrit pas comme ça. L’inscription 52km et 63km après le nom des villes nous indique par contre qu’on a une méchante marche devant nous. Il commence à faire froid et le soleil descend rapidement. Une voiture s’arrête et avant de monter, on dit bonjour en chinois (nihow) aux passagers. We don’t speak chinese, we’re Tibetain, get in.

Pour visiter le Tibet, il faut un permis spécial et faire partie d’un groupe organisé dispendieux mais ça ne nous intéresse pas du tout. Juste à l’extérieur des limites de la région tibétaine délimitée par le gouvernement chinois, il y a pourtant des villages en montagne où la culture, la langue, la nourriture et le bouddhisme tibétains sont encore plus présents que sur le territoire officiel. On peut visiter ces villages sans être surveillés. On peut aussi rencontrer qui on veut et avoir de longues discussions avec les habitants sans la présence d’un guide chinois qui risque de rapporter tout discours dissident à la police locale. Depuis des années, le plan du parti est de coloniser la région avec le plus d’habitants Han (l’ethnie majoritaire en Chine) possible dans le but de diluer la population tibétaine et ainsi uniformiser la Chine. Les incitatifs financiers ont porté fruit et bientôt les Tibétains seront minoritaires chez eux. Les villages plus isolés sont devenus les derniers refuges de cette fascinante culture qui, on l’espère, ne deviendra jamais qu’un spectacle folklorique pour des touristes en tours organisés.

Les deux jeunes qui nous embarquent sur le pouce sont de fiers Tibétains avec des histoires passionnantes. Ils ont vécu en exil en Inde, tout comme le dalaï-lama mais par contre, eux, ils sont de retour au pays après plusieurs années. Ils viennent tout juste d’ouvrir un excellent resto, l’Himalaya café où on les rejoint chaque soir après nos visites pour discuter toute la soirée. L’endroit est aussi le point de rendez-vous de moines en longue robe rouge qui viennent se rencontrer autour d’une tasse de thé au beurre de yak ou un plat de momo fumant. Les propriétaires du resto aimeraient diversifier leur menu pour plaire aux touristes, on échange donc quelques recettes. Qui sait, si vous passez par là un de ces jours vous mangerez peut-être un pâté chinois à la viande de yak ?

xia'he labrang chine

Le monastère de Labrang accueillait près de 4000 moines avant la révolution culturelle. Les chapelles, les temples, les résidences, la lamaserie et les collèges bouddhistes couvrent une superficie presque plus grande que le village de Xia’he en tant que tel. La visite des bâtiments se fait uniquement accompagnée d’un moine et les photos sont malheureusement interdites. Se promener dans les couloirs peints de motifs religieux multicolores, éclairés uniquement à la chandelle avec comme trame sonore les prières en chant guttural des lamas est une expérience qui laisse un sentiment de bien-être hautement spirituel, même si nous ne sommes aucunement religieux. L’appel à la prière est sonné par de longs cors en bronze accompagné par des gongs qui résonnent dans les montagnes environnantes. Des centaines de moines se rassemblent alors dans le bâtiment principal. Les voir arriver de partout avec leurs toges rouges et leurs bottes de poil est quasi irréel.

monastère xia'he labrang chine

moines xia'he labrang chine

xia'he labrang chine moines

Les pèlerins, des colliers de billes dans les mains, font tourner les moulins à prières qui grincent et tournent solennellement autour des stupas en récitant des prières. Ils visitent différentes chapelles sur la route du Kora (pèlerinage) qui encercle le monastère sur plus de 3 km. Les plus pieux d’entre eux se prosternent à plat ventre entre chaque pas. Les tout petits qui marchent à peine jusqu’aux vieillards courbés sur leur canne semblent très dévoués à leur religion. C’est touchant quand on pense à tout ce qu’ils doivent affronter comme brutalité et haine pour arriver à conserver leur culture. Le bouddhisme tibétain prône la paix et la non-violence. Faire le pèlerinage avec eux nous a profondément marqués.

stupa xia'he labrang chine

Sur le petit sentier qui parcourt les montagnes, des drapeaux de prières flottent au vent, un troupeau de chèvres broutent les maigres pâturages entre les mausolées de pierre installés ici et là en l’honneur des morts. Des moines reclus méditent dans des chapelles isolées. Des faucons tournent au-dessus de nos têtes, la vue est incroyable et on peut entendre les chants de funérailles qui se tiennent un peu plus bas. On adore Xia’he.  Un conseil, il ne faut pas seulement visiter la ville, il faut surtout prendre le temps de s’imprégner de son incroyable atmosphère.

Xia'he Labrang chine

Xia'he Labrang chine

Xia'he Labrang chine

One Reply to “Xia’he Tibet 1 (Chine 12)”

  1. ÉCOEURANT! Super ce blogue!

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