Turpan Chine 17

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En arrivant dans la région du Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, on a l’impression de débarquer en zone de guerre. Des véhicules blindés patrouillent dans les rues et à plusieurs intersections des soldats lourdement armés surveillent la foule derrière des barricades de sacs de sable et de barbelés. Pour se rendre à la station de train, on se fait fouiller à trois points de contrôle différents par des policiers le doigt sur la gâchette et renifler par leurs chiens qui semblent vouloir nous dévorer vivants. Des militaires nous observent depuis des tourelles sur lesquelles sont ancrées de puissantes mitrailleuses comme on voit dans les reportages sur l’Irak ou la Syrie. À l’hôtel, on est accueillis froidement par un garde vêtu d’un habit antiémeute complet avec bouclier et matraque qui inspecte lui aussi nos sacs après nous avoir fait passer au détecteur de métal. Disons que l’ambiance est assez tendue.

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Les Ouïghours, un groupe ethnique parlant une langue d’origine turque et pratiquant l’islam sont les principaux habitants de la région depuis des centaines d’années. Le désert aux alentours contient beaucoup de gaz, de pétrole et de minéraux, attirant des centaines de milliers de travailleurs Han de partout en Chine, ce qui fait que du jour au lendemain, les Ouïghours se sont retrouvés minoritaires chez eux. En juillet 2008, après des années de tensions raciales, des manifestations ont tourné en émeute meurtrière suivie de représailles sanglantes et d’exécutions publiques de la part du gouvernement. Depuis ce temps, les choses ne se sont pas améliorées et la présence de l’armée à tous les coins de rue comme dans une ville en état de siège n’aide certainement pas à calmer le tout.

Pourtant, en se perdant dans le labyrinthe des ruelles poussiéreuses qui forment la vieille ville de Turpan pour observer les superbes maisons de terre et les mosquées, on se sent parfaitement en sécurité. De vieux hommes barbus portant de petits chapeaux ronds brodés traditionnels quittent un instant leur partie de backgammon pour nous souhaiter la bienvenue d’un touchant as salaam alaikum la main sur le cœur et nous offrir une tasse de thé. Des femmes au sourire radieux avec leur joli foulard multicolore sur la tête prennent la peine de faire un long détour pour bien nous indiquer le chemin jusqu’à notre hôtel. La chaleureuse hospitalité des peuples musulmans est toujours aussi agréable, peu importe où l’on se trouve sur la planète.

Le soleil plombe, il fait plus de 40 degrés, même à l’ombre des vignes suspendues qui couvrent la longue rue piétonne menant à la vieille ville. Turpan est le point le plus chaud de toute la Chine. Comme les locaux, on sort notre parapluie pour se protéger des coups de soleil.

En plein centre des vignobles, le minaret d’Ermin haut de 44 mètres avec sa superbe maçonnerie disposée de manière à former des motifs géométriques typiques à l’islam nous donne l’impression d’avoir déjà quitté la Chine pour l’Asie centrale.

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Sur notre téléphone, on montre une photo des ruines de Jiaohe avec le nom inscrit en caractères chinois et en ouïghour à un chauffeur de taxi. On négocie un prix convenable et on monte à bord. On tourne en rond depuis plusieurs minutes même si l’ancienne ville garnison se trouve en ligne droite à moins de deux kilomètres et qu’on lui indique le chemin sur la carte. Il y a un seul truc à visiter en ville, alors on se demande comment il a pu s’égarer et surtout sur quelle base il a négocié le prix puisqu’il n’avait aucune idée de l’endroit où on  voulait se rendre. Il arrête demander le chemin à un homme occupé à saigner un agneau sur le bord du chemin. On dirait une scène de crime, ça gicle de partout. Il se met aussitôt à engueuler notre chauffeur en gesticulant, un couteau dégoulinant bien acéré entre les mains. On remonte rapidement dans la voiture, cette fois dans la bonne direction.

La vaste cité antique est l’une des mieux préservées au monde et on peut s’y promener complètement seuls sur des kilomètres. C’est fascinant.

ruines Jiaohe turpan chine

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De retour en ville, on se rend au musée archéologique. On nous refuse l’accès parce qu’on porte des sandales. On est assez surpris, surtout de voir la femme devant nous qui arbore fièrement une passe avec de grosses oreilles de lapin dans ses cheveux et une autre qui semble porter un pyjama, mais ça c’est tout à fait normal en Chine. Par contre, elles portent des chaussures jugées convenables! De retour au musée, chaussés maintenant de nos vieilles godasses, on observe avec curiosité la salle des momies retrouvées dans le désert plus à l’ouest. C’est à en faire des cauchemars!

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One Reply to “Turpan Chine 17”

  1. Très intéressant, merci de partager!

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