Urumqui Chine 18

On a réussi à passer les deux premières fouilles en route vers la station de train sans se faire confisquer notre couteau suisse, mais à la troisième, l’alarme sonne. Les dernières attaques terroristes en Chine ont pour la plupart été perpétrées par des groupes de kamikazes barbares qui ont poignardé en masse des innocents dans des endroits publics, notamment dans des gares. On peut facilement comprendre pourquoi les autorités sont à ce point sur leurs gardes, mais on n’a vraiment aucune envie de se départir de notre couteau. On s’obstine longuement, jusqu’à ce qu’on puisse prendre le train notre couteau enrobé d’une dizaine de tours de Duck Tape et placé tout au fond de notre sac.

Après plus de 5000 kilomètres en deux mois sur les routes de la Chine, notre traversée vers l’ouest se termine à Urumqui. Dans la capitale du Xinjiang, les mesures de sécurité sont encore plus intenses qu’à Turpan. Pour sortir de la gare, on parcourt de longs corridors de clôtures barbelées surveillées par des dizaines de caméras, et on passe plusieurs checkpoints militaires protégés par rien de moins que des véhicules blindés! Ça donne le gout de faire du tourisme ici, c’est incroyable.

Un soldat nous indique le chemin vers la station de taxis en pointant un corridor avec la baïonnette du bout de son arme d’assaut. Incapables d’arrêter un taxi, un nain à l’air louche vient nous offrir son aide en échange de quelques yuans. On a certainement trop écouté Games of Thrones récemment parce qu’on ne lui fait pas du tout confiance. On essaie un long moment par nous mêmes avant de se résigner à utiliser ses services. Le chauffeur a l’air complètement poudré. Il conduit comme un fou et il parle à un rythme effréné en russe depuis près de dix minutes avant de réaliser qu’on ne comprend pas. Music? Il met le volume à fond et on traverse la ville à toute allure avec une trame sonore éclectique de techno hardcore des années 90, de reggaeton et de succès pop chinois.

Une fois à l’hôtel, épuisés et tous les deux enrhumés, on prend un repos bien mérité de cinq jours où on ne fait que regarder des séries en boucle sur le Netflix chinois et se bourrer la face dans le buffet au déjeuner.

 

La dernière journée, on fait tout de même le tour de la ville qui est loin de nous impressionner puis on visite le musée du Xinjiang. Un des plus intéressants de toute la Chine avec une impressionnante collection de jade, de porcelaines, de céramiques, de bijoux, de soie et d’autres richesses qui étaient marchandées sur la route entre l’Europe et l’Asie il y a des centaines d’années. La section des momies est à ne pas manquer. Certaines ont encore des cheveux et on peut même voir leurs nombreux tatouages, c’est assez déconcertant quand on se met à imaginer qu’ils ont vécu il y a plus de 3000 ans. Le seul petit problème est que le tout a l’air d’une immense opération de propagande. Le musée complet semble dédié à prouver la présence des Hans et de plusieurs autres ethnies dans la région depuis des siècles avant l’arrivée des Ouïghours. Les traits des momies sont analysés pour prouver qu’ils n’ont pas de caractéristiques « musulmanes ». On peut en apprendre plus sur la culture des douze différentes ethnies qui vivent bien sûr dans l’harmonie parfaite grâce au régime communiste selon les écriteaux. C’est super intéressant, mais la petite section sur la communauté ouïghour, qui représente tout de même plus de 50% de la population, aurait certainement mérité d’être plus développée. Situées dans un coin mal éclairé près de la sortie de secours, des statues de cire représentent les Ouïghours dans leurs habits traditionnels se faisant prendre en photos par un Han. Une belle métaphore de ce que le gouvernement chinois espère pour l’avenir, soit que cette culture ne devienne que du folklore, qu’un simple attrait touristique.

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Il ne reste qu’une seule ville à notre périple en Chine, Kashgar plus au sud. Pour s’y rendre, il va falloir passer 18 heures dans un train de nuit à travers le désert. À la gare, pas de problème avec le couteau suisse toujours enveloppé, nos ustensiles ou notre briquet, ce qui pose problème cette fois, c’est le mascara et le vernis à ongles! Apparemment, il y a une directive de confisquer les produits de beauté car ce serait très dangereux pour une raison qui demeure obscure. Curieusement, les responsables des fouilles sont toutes des femmes. On négocie un bon moment, mais impossible de tout récupérer, le rouge qui va particulièrement bien avec leur uniforme est tout simplement trop dangereux et pourrait probablement exploser dans le train.

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