Kashgar Chine 19

kashgar chine xinjiang ouighours thé

Kashgar, située en plein désert du Taklamakan à l’extrémité ouest de la Chine, à quelques kilomètres des frontières du Pakistan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Afghanistan est un mélange unique des différentes influences de ses voisins plutôt qu’une ville de Chine traditionnelle. Épicentre du commerce et des échanges culturels de la région pendant plus de 2,000 ans, la vieille ville était un endroit unique. On dit était parce que le bon gouvernement chinois a passé les dix dernières années à détruire ce joyau d’architecture musulmane sous prétexte de modernisation (pour en savoir plus). Le labyrinthe de maisons de terre, de mosquées et de jardins intérieurs est pratiquement tout passé sous les bouldozeurs pour laisser place à une nouvelle «vieille ville» aseptisée pour les touristes chinois. Un crime à grande échelle contre le patrimoine mondial et la population ouïghour comparable à nos yeux à la destruction des bouddhas de Bamiyan en Afghanistan ou de Palmyra en Syrie. Pour pousser encore plus loin l’insulte, une immense statue de Mao (la plus grosse de toute la Chine) a été installée en plein centre de la ville comme un gros fuck you au peuple ouïghour qui représente 90% de la population de Kashgar.

kashgar chine xinjiang ouighours

kashgar chine xinjiang ouighours

Malgré tout, l’esprit de la ville a survécu. Le bruit du marteau d’un forgeron qui cogne le métal d’une pièce artisanale, les vendeurs de fruits qui essaient d’attirer les clients en criant des slogans, un âne qui sort d’une ruelle en tirant un chariot, le boucher qui dépèce un agneau à la hache au coin de la rue, l’odeur alléchante portée par la fumée des grillades sur le charbon de bois, tout ça comme il y a des centaines d’années. On passe des heures à s’imprégner du bruit et des odeurs en sirotant du thé à une terrasse, ce qui semble l’activité principale de bien des hommes en ville.

Kashgar tea house #kashgar #kashgar #china #teatime

A post shared by Jean-michel Frappier (@jmfrappier) on

kashgar chine xinjiang ouighours

kashgar chine xinjiang ouighours

À l’écart du centre-ville, le grand bazar regorge d’étoffes en soie multicolores, d’épices et de chapeaux traditionnels. L’endroit parfait pour se cacher du soleil qui cogne fort l’après-midi.

kashgar chine xinjiang ouighours

kashgar chine xinjiang ouighours

Encore plus loin, le mausolée d’Abakh Khoja ou de la concubine parfumée est un des derniers endroits où on peut observer le talent des artisans musulmans. Les céramiques et les colonnes de bois sculptées sont magnifiques. Selon la légende, le corps de la concubine ouïghour de l’empereur Qianlong aurait été enterré ici. Pour les Hans, elle est une autre preuve du multiculturalisme immuable de la région. Pour les Ouïghours, elle représente la lutte qu’ils mènent contre l’assimilation. Amenée de force à Beijing par l’empereur qui avait été séduit par son odeur enivrante, la concubine a insisté pour conserver sa religion, ses coutumes et ses vêtements traditionnels puis s’est suicidée plutôt que de renoncer à sa culture.

kashgar chine xinjiang ouighours

kashgar chine xinjiang ouighours

Le dimanche, un célèbre marché d’animaux se tient à l’est de la ville depuis rien de moins que 1500 ans. Des acheteurs et des commerçants des régions et des pays voisins viennent y marchander chameaux, vaches, chèvres, chevaux et autres bêtes. On négocie avec un chauffeur le montant d’une course en taxi pour s’y rendre, mais une fois sur place, il insiste, le prix est par personne et non pour le taxi au complet. On refuse fermement de payer. On reste calme et on garde le sourire. Plus on conteste, plus il crie, ce qui attire de plus en plus de curieux. Mal à l’aise, on lui donne le montant convenu à l’avance par la fenêtre et on quitte rapidement sous le regard de la foule qui nous insulte probablement et les cris du chauffeur qui lui, nous insulte très clairement. On espère vraiment avoir eu raison sur le prix.

Une fois au coeur du marché, on se retrouve à une autre époque, dans une scène sortie tout droit des récits de Marco Polo. C’est poussiéreux, ça sent fort, c’est chaotique, mais surtout c’est tellement exaltant de se retrouver parmi la foule et ces milliers d’animaux qui semblent arriver de partout. On voit des scènes atroces, végétariens et autres amis des animaux s’abstenir. Si vous vous posiez la question, il est bel et bien possible de faire entrer cinq chèvres vivantes dans le coffre d’une Lada. Nos préférées sont les chèvres fat-tailed avec leur gros postérieur bien gras qui gigote, impossible de s’empêcher d’y toucher, c’est tellement drôle.

kashgar chine xinjiang ouighours marché

kashgar chine xinjiang ouighours marché

kashgar chine xinjiang ouighours marché

kashgar chine xinjiang ouighours marché

kashgar chine xinjiang ouighours marché

kashgar chine xinjiang ouighours marché

Après avoir assez tâté le cul des chèvres et failli se faire écraser par un adolescent qui testait sa nouvelle monture, il est temps de rentrer, mais impossible de trouver un taxi. On marche donc un long moment en faisant du pouce. Une voiture s’arrête enfin, le conducteur débarque, prend une bonne dizaine de selfies avec nous au bord du chemin et remonte dans son véhicule. Avant qu’il parte, on lui explique qu’on veut aller à Kashgar. Il nous pointe tout droit en disant taxi et s’éloigne en trompe exactement dans la direction de Kashgar, nous laissant derrière dans la poussière. Merci! Il n’a certainement pas compris ce qu’on faisait là le pouce en l’air?!?

On trouve finalement un taxi qui lui, accepte d’enclencher son compteur. Une fois de retour à Kashgar, en payant, on s’aperçoit qu’on a finalement bien fait de s’obstiner plus tôt pour ne pas payer le double parce qu’on se serait fait avoir solide!

Laisser un commentaire