Sauran Kazakhstan 3

sauran kazakhstan turkestan

Au nord-ouest de Turkestan, dans la vallée de Syr-Darya, au bout d’un sentier qui bifurque de l’autoroute, les ruines de Sauran semblent avoir été oubliées par le temps. Ce qui était autrefois la plus grande et la plus prospère cité de la région n’est désormais qu’un amoncellement de ruines dont la nature reprend tranquillement possession.

Le sympathique Makhmud vient tout juste de gagner la voiture du proprio de notre hôtel lors d’une partie de billard qui a mal tourné. C’est donc lui qui nous servira de taxi pour la visite des ruines. Ancien champion de course à pied du temps de l’URSS et général d’un bataillon qui a combattu en Afghanistan dans les années 80, c’est tout un personnage. Parachuté dans les montagnes pour aller tuer des talibans comme il nous dit avec fierté, il est un des seuls membres de son régiment à s’en être sorti. Une balle lui a cependant éclaté le fémur et c’est avec une jambe en moins qu’il est rentré au Kazakhstan. Son handicap ne l’a pas arrêté et il est devenu champion de volleyball paralympique, célébrité locale, magicien pour les enfants et à en juger par son nouveau bolide, un redoutable joueur de pool. Il nous fait quelques tours de cartes et nous montre l’album photo de sa jeunesse avec une certaine nostalgie avant de nous conduire jusqu’à Sauran, la musique punk kazakh dans le tapis. On fait le dernier kilomètre à sens inverse sur l’autoroute parce qu’il n’a pas envie de faire le détour jusqu’à la prochaine sortie. On est assez nerveux, on a encore tous nos membres et on aimerait bien les garder!

sauran kazakhstan turkestan

Arrivés sur le site, pas de billet à acheter, pas de garde de sécurité, ni même le moindre panneau explicatif. Les ruines du 13e siècle sont là, perdues au milieu du désert juste pour nous. On a l’impression d’être deux archéologues sur le point de faire une nouvelle découverte. On aperçoit une jolie marmotte rousse qui sort doucement de son trou et s’approche dans notre direction. Un immense serpent arrive à pleine vitesse, les crocs sortis, il la poursuit jusque dans les buissons que l’on doit traverser pour se rendre aux fortifications. On a soudain beaucoup moins envie de visiter. Se prendre pour Indiana Jones, ça comporte certains risques.

sauran kazakhstan turkestan

sauran kazakhstan turkestan

Les murs font plusieurs mètres de haut par endroits et ne sont plus qu’un amas de cailloux à d’autres. Dans un coin, une tour de guet est encore en très bon état pour ses 800 ans. Au centre, les fondations de la ville nous font rêvasser et l’on s’y promène dans le silence, pas de touristes en tour organisé avec leur mégaphone pour briser l’ambiance, que le gazouillis des oiseaux pour nous accompagner dans notre exploration. Un peu plus loin, un berger fait brouter ses chèvres et des chevaux sauvages galopent sur ce qui devait être la place du marché. En voulant observer un trou profond qui apparaît être un ancien puits, on est surpris par une envolée de pigeons qui s’en échappent et le sol se dérobe soudainement sous nos pieds. On se demande si on devrait vraiment être là, autant pour notre sécurité que pour la conservation des vestiges historiques.

sauran kazakhstan turkestan

sauran kazakhstan turkestan

Au retour, Makhmud insiste pour qu’on s’arrête un moment chez lui, il veut nous offrir quelque chose. Il nous donne un sac vide et nous invite à faire le tour de son jardin cueillir des pommettes, des abricots, des cerises et des mures pour la route de demain matin. Il nous présente ses enfants et ses petits-enfants, nous fait visiter sa maison et lorsqu’on le complimente sur ses rosiers, il s’empresse de couper une fleur pour nous l’offrir. Dur à croire qu’un homme aussi doux et généreux aie déjà été un redoutable combattant.

sauran kazakhstan turkestan

sauran kazakhstan turkestan

Laisser un commentaire