Frontière Ouzbek, marché noir et «the butcher»

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L’Ouzbékistan contrôle de très près la valeur de sa monnaie et contrairement aux pays voisins, la Banque Centrale d’Ouzbékistan n’a pas laissé sa devise chuter à sa juste valeur au cours des dernières années. Les Ouzbeks qui veulent faire le plein de devises étrangères avant la dégringolade inévitable des soms et un taux de change officiel ridicule ont créé un marché noir florissant (taux du marché noir). Les guichets automatiques qui utilisent le taux du gouvernement sont à oublier à moins de vouloir automatiquement perdre plus de la moitié de son argent. Il faut donc arriver en Ouzbékistan avec une petite fortune en billets verts dans les poches.

Traverser les douanes nous rend toujours un peu anxieux même si on n’a absolument rien à se reprocher. Ce qui nous inquiète cette fois, c’est qu’il faut absolument déclarer tout notre argent et nos gadgets électroniques. L’idée de remettre un formulaire sur lequel est inscrit que l’on transporte un laptop, deux téléphones, un appareil photo, des lentilles, et l’équivalent en argent comptant de 6 mois de leur salaire à des douaniers réputés corrompus ne nous enchante pas trop. Selon plusieurs témoignages lus sur des blogues de voyage, se faire «confisquer» quelques trucs dans ses bagages ou avoir à payer une «taxe» surprise est très fréquent. À notre tour. Pas d’interrogatoire, pas de fouille, le passeport est tamponné et c’est tout. Nous voilà en Ouzbékistan!

Sur nos gardes, on approche un taxi avec l’intention de négocier ferme, pas question de se faire avoir encore une fois. Le prix est raisonnable et quand on offre de payer en dollars, c’est encore mieux. Le chauffeur ne parle que russe et ouzbek, on aurait vraiment dû apprendre un peu plus que spasiba et niet. On fait un petit détour pour aller chercher un de ses cousins qui parle bien l’anglais. Il va nous accompagner pour qu’on ne s’ennuie pas, l’hôtel est assez loin. C’est un guide dans le seul hotel 5 étoiles de la ville. En chemin, ils nous parlent de leur pays dont ils sont très fiers et nous posent un tas de questions sur le Canada. On n’est pas les plus grands admirateurs de Justin Trudeau, mais sa belle gueule semble redorer notre image à travers le monde. On s’arrête à un marché, ils veulent absolument nous faire essayer une spécialité locale, des petits pains farcis à la viande de cheval séché. C’est surprenant à quel point c’est délicieux! Une fois à l’hôtel, on a l’impression de quitter de nouveaux amis. Ils semblent aussi heureux que nous, pouvoir parler ouvertement avec des étrangers, ça n’arrive pas tous les jours. Ils nous quittent avec le sourire et il faut leur courir après pour les payer. C’est bien la première fois qu’un taxi oublie de se faire payer.

En tant qu’étranger, il faut chaque soir s’enregistrer dans un hôtel approuvé par le gouvernement. On nous remet un bout de papier officiel à la réception et on vérifie les endroits où on a dormi précédemment avant de transmettre les informations à la police locale. Big Brother sait où on se trouve en tout temps. Il ne faut surtout pas perdre de papiers, en quittant le pays il faut remettre tous les enregistrements aux douaniers.

On s’informe subtilement à la réception pour savoir où se procurer de l’argent sur le marché noir. Il y aurait un boucher au coin de la rue qui ne vend pas que des steaks. On s’apprête à faire une transaction louche avec «the butcher», on dirait vraiment le début d’un film de mafieux.

Un peu nerveux, on fait la file devant un vieux conteneur rouillé dans lequel on a découpé à la torche une ouverture pour installer un comptoir où trainent quelques pièces de viande qui ont visiblement eu chaud. C’est à notre tour de commander, on informe le boucher que l’on n’a que des dollars américains pour le payer. Il jette un coup d’oeil à sa droite puis à gauche. Il fait une dernière découpe sur la tête d’agneau qu’il dépeçait avec agilité, essuie rapidement ses mains ensanglantées tachant son tablier blanc et enfonce d’un coup sec sa machette dans un bloc de boucher. On le suit à l’arrière, des sueurs froides dans le dos, il ouvre un immense coffre-fort à numéros à peine dissimulé sous un drap. On n’a jamais vu autant d’argent. On se sent soudain ridicules avec nos 250$ à échanger. Il nous remet une brique de cent billets de mille soms, qu’il tache de sang avec ses mains mal nettoyées, puis une deuxième et une troisième, au bout de quinze le compte est bon et notre sac à dos déborde de liasses. Le billet le plus gros est de 1000 soms, à 6000 soms pour un dollar (le taux officiel est de 2600), gérer le transport de son argent devient un réel problème! On lui a remis 250$, seulement 3 billets, il nous en redonne 1500! On n’a pas pris le temps de les compter et on est partis rapidement, de peur de se faire prendre par la police.

Voici l’équivalent de 15 dollars!

90 000 soms that's 15$ in Uzbekistan #money #autourduglobe #uzbekistan #travel

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Et voici ce qu’on peut se payer avec ça!

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