Samarkand Ouzbékistan 5

registan samarkand ouzbékistan

Au 14e siècle, le guerrier Turco-Mongol Timour le Grand bâtit un immense empire, qui de nos jours comprendrait l’Iran, le Caucase, la Mésopotamie, l’Afghanistan, le Pakistan, la Syrie, la Turquie, une partie de la Russie et toute l’Asie centrale. Régnant grâce à la terreur infligée par ses armées barbares qui détruisaient tout sur leur passage, il serait directement responsable de la mort de près de 17 millions de personnes, soit 5 % de la population mondiale de l’époque. Au milieu de ce carnage, il choisit Samarkand comme capitale et fit venir les meilleurs ouvriers et artisans de son royaume pour construire une ville démesurée et des monuments grandioses à la hauteur de son égo.
Notre hôtel se trouve à une centaine de mètres de la tombe du conquérant sanguinaire. Considérant l’importance du défunt, le mausolée est relativement modeste en comparaison à d’autres qu’on a visités. Décoré de maçonnerie sculptée, de belles mosaïques et recouvert d’un dôme bleu azur, on y entre par une superbe arche embellie de calligraphie coranique. À l’intérieur, sur la pierre tombale, une inscription met en garde « Lorsque je reviendrai à la lumière du jour, le monde tremblera ». Le jour où un chercheur russe exhuma le corps, la malédiction se concrétisa, Hitler lança la guerre contre l’URSS. En novembre 1942, Timour fut remis dans la crypte en suivant les rites islamiques. Deux jours plus tard, l’armée soviétique écrasait les nazis à la bataille de Stalingrad. Plus personne n’a osé toucher la dépouille depuis ce temps.

mausolee gur-e-amir timoursamarkand ouzbékistan

Il est trop tard pour visiter le reste de la ville aujourd’hui, on trouve donc un endroit où manger ouvert à cette heure et on se commande une soupe d’agneau, du plov, et pour faire changement du thé et un pichet de jus frais. Des petits fruits inconnus flottent dans l’eau qui a pris une teinte rosée avec l’infusion, ce n’est pas mauvais et c’est rafraichissant par cette chaleur. À peine une heure plus tard, l’estomac nous tiraille, on regrette déjà notre repas!

On passe le lendemain entre le lit et la salle de bain dans un état pitoyable. Le propriétaire de l’hôtel, qui est médecin et habitué aux effets de la bouffe douteuse des restos de la ville, nous donne chacun deux pilules qu’on avale, un peu réticents, et nous fait du thé saturé de gros cristaux de sucre pour nous redonner des forces. Interdiction de manger pour le reste de la journée. Le lendemain matin, ça va déjà un peu mieux. Les hôtels ouzbeks sont vraiment extraordinaires, on s’occupe de nous comme si on faisait partie de la famille, on a plus l’impression d’être des invités que des clients.

Samarkand est une ville moderne qui n’a pas l’ambiance médiévale de Khiva ou Bukhara, mais au milieu du chaos, il y a des sites complètement hallucinants à découvrir. Premier arrêt, la place centrale, le chef d’œuvre de tout l’empire, le Registan. Ici, rien de modeste, les trois médersas et leurs minarets sont imposants et décorés avec délicatesse. Chaque racoin est finement ornementé, on pourrait passer des heures à observer chaque petit détail. C’est ici que Timour prononçait ses discours devant les plus influents membres de la société et exécutait sauvagement ses ennemis. Un des sites les plus impressionnants qu’on ait eu la chance d’explorer depuis longtemps.

registan samarkand ouzbékistan

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Une allée piétonne rejoint la gigantesque mosquée Bibi-Khanym. Les ouvriers qui l’ont construite ont repoussé les techniques de construction de l’époque en construisant un dôme de brique immense de 41 mètres de haut et qui serait tout un accomplissement même de nos jours. De l’intérieur, on se sent écrasés par l’ampleur du bâtiment et les nombreuses fissures qui sont apparues au cours des années n’ont rien pour rassurer. Dans tout autre pays, le site serait fermé par précaution, mais ici les vendeurs de souvenirs ne semblent pas inquiets le moins du monde.

mosquee bibi-khanym samarkand ouzbékistan

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En chemin vers le dernier point de notre visite, on jette un coup d’œil dans une petite mosquée pour fuir un peu la chaleur. L’imam nous invite gentiment dans une salle de prière où se tient une cérémonie. On échange des sourires avec les gens et après quelques poignées de main et les as-salaam alaikum de coutume, la barrière de la langue met un frein sec à la conversation. Après une tasse de thé, les prières commencent. Comme d’habitude, on ne sait pas trop quoi faire, on copie les gestes du rituel ou bien on reste là à fixer le vide bêtement. On fait un peu des deux et on quitte la mosquée, comme toujours heureux et avec une réelle impression d’être privilégiés de partager ces moments intimes.

mosquée samarkand ouzbékistan

Notre tour de la ville se termine au cimetière de Shah-i-Zinda où serait enterré Qusam Ibn-Abbas, un cousin du prophète Mohammed, la sœur de Timour et plusieurs notables de Samarkand et de toute la région. Des mausolées plus simples, d’une pièce, mais somptueusement décorés se succèdent dans de splendides ruelles de ce quartier des morts.

cimetiere shah-i-zinda samarkand ouzbékistan

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Avec une journée de plus dans chaque ville, notre sac bourré de liasses d’argent commence à se faire vide. Comme on ne peut pas retirer de soms dans un guichet et qu’il nous en reste juste assez pour un taxi jusqu’à la frontière du Tadjikistan, il faut quitter l’Ouzbékistan sans visiter Shakhrisabz, la ville qui a vu naître Timour. Ce sera pour une prochaine fois.

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