Roshan Tadjikistan 2

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Dans un stationnement délabré non loin du centre de Dushambe, des 4×4 équipés pour les expéditions en montagne attendent des passagers pour la traversée jusqu’à Khorog, le premier village de la vallée de Wakhan. On cherche un chauffeur qui voudrait bien nous mener quelque 65 kilomètres plus tôt à Roshan, d’où on veut explorer le canyon de Jizeu. La négociation est longue, personne ne veut céder sur le prix, il faut finalement payer pour le trajet complet même si on s’arrête avant. Avec nous, Wani et Julie, un couple de Français qui sont venus jusqu’ici par la route et Natalia, une Colombienne qui voyage seul en route vers l’Iran et le Pakistan. Le Tadjikistan, plus que partout en Asie centrale, semble attirer ceux qui recherchent les aventures plus éprouvantes, loin des sentiers battus.

La M-41, mieux connue sous le nom de la Pamir highway, est la deuxième plus haute route du monde avec une passe en montagne à 4655 mètres. Construite dans les années trente par les militaires russes, l’autoroute semble ne pas avoir été entretenue depuis la chute de l’Union Soviétique. De la gravelle et du sable avec quelques patchs d’asphalte. Au Québec, on aurait appelé ça la trail de Pamir. Des sections complètes de la route ont disparu avec l’érosion, les glissements de terrain et les tremblements de terre. Le trajet est périlleux. À notre gauche, une paroi rocheuse de plusieurs centaines de mètres semble sur le point de s’effondrer sur nous à tout moment et à notre droite, un ravin où les rapides de la rivière Pyanj se déchainent. Le cours d’eau que notre périple nous fera longer pour les cinq prochains jours marque la frontière naturelle avec l’Afghanistan.

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On s’arrêterait bien pour observer les paysages grandioses plus longuement, c’est tellement spectaculaire, mais avec 14 heures de route devant nous pour rejoindre Roshan, il va falloir se retenir un peu. De l’autre côté de la rive, un petit village de maisons de briques est perché sur le flanc d’une falaise. Vu d’ici tout semble paisible, si on oublie un instant qu’à moins de 30 kilomètres, des rebelles Talibans combattent toujours. Au loin, des enfants nous observent. On se demande bien comment ils se sentent, bloqués dans leur pays déchiré par la guerre, séparé d’une vie meilleure par une simple rivière.

village afghan tadjikistan pamir

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Du côté tadjik, tout n’est pas parfait pour autant, c’est pauvre, extrêmement pauvre. Les gens survivent au jour le jour avec presque rien. Les terres ne sont pas très fertiles, les légumes sont rares à cette altitude et l’hiver doit être particulièrement difficile. À la tombée du jour, on s’arrête manger chez des amis de notre chauffeur Mohammed. Ils nous offrent des œufs, des patates et du pain sec, c’est tout ce qu’ils ont aujourd’hui et probablement ce qu’ils vont manger tous les jours pour le reste du mois avant les récoltes. Ils n’ont peut-être rien, mais leur hospitalité est tellement sincère. Assis sur des coussins étalés sur une petite plateforme en bois, on discute autour d’une tasse de thé avec les montagnes éclairées par la pleine lune en arrière plan, c’est magnifique.

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Le village de Roshan semble désert à première vue. Il fait très sombre, une ampoule nue pend au bout d’un fil par ci par là, éclairant à peine les quelques commerces qui sont tous fermés à cette heure tardive. On approche d’un homme qui fume une cigarette, seul, accroupi au bord du chemin dans la noirceur la plus totale. Le guide de voyage parle d’une auberge au centre de la rue principale, il ne semble pas au courant. En moins de cinq minutes, sortie de nulle part, une petite foule de curieux se rassemblent pour nous aider. La discussion est animée, c’est l’évènement de la soirée au village, des coups de téléphone sont donnés et on doit être une bonne vingtaine à bavarder quand Afsana, l’ainée d’une famille qui loue des lits aux voyageurs de passage vient nous rencontrer.

Elle et son frère parlent très bien anglais. Ils nous présentent leur famille. Les parents, les grands-parents, cousins, cousines et des enfants qui courent un peu partout. On ne sait pas trop qui est de passage et qui vit ici. On passe une belle soirée à échanger avec eux et on organise notre transport vers le canyon de Jizeu pour le lendemain matin avec un ami de la famille. De minces matelas sont installés à même le sol dans chaque pièce de la maison. Il faut chevaucher quelques personnes qui dorment déjà pour se rendre dans notre petit coin où on passera la nuit.

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