Pamir, de khorog à Langar. Tadjikistan 5

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Fébriles, on quitte Khorog sur la route de Pamir puis on s’engage dans la vallée de Wakhan en direction de Langar. C’est excitant de se savoir si loin de chez soi dans ce pays reculé que peu de voyageurs ont la chance de visiter et que la plupart des gens ne peuvent même pas pointer sur une carte. Le corridor de Wakhan est le résultat insolite de la création d’une zone tampon afghane séparant l’empire russe et l’Inde Britannique à la fin du 19e siècle dans le but d’éviter un affrontement éminent entre les deux puissances (pour les passionnés d’histoire, The great game par Peter Hopkirk est une lecture incontournable).

La route jusqu’à Ishkashem, d’où on avait envisagé visiter l’Afghanistan, est magnifique. On suit les rapides sur un chemin rocailleux le long de la frontière. Les rives du Panj sont d’un vert éclatant mais tout ce qui s’en éloigne le moindrement n’est que terre, roches et poussière à perte de vue. Un paysage bizarrement aride et verdoyant à la fois défile sous nos yeux. Au loin, les pics grandioses de l’Hindu Kushne font qu’ajouter à la splendeur des lieux. Le panorama sauvage est presque irréel, c’est vraiment incroyable d’être ici.

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On bifurque de « l’autoroute » M-41 pour emprunter une piste dangereusement étroite qui gravit en épingle au bord d’une falaise vers le village de Dasht. On a bien choisi notre chauffeur, Akhbar ralentit et conduit prudemment, mais on est tout de même terrifiés en apercevant les précipices que l’on frôle à chaque tournant. Il y a à peine d’espace pour la voiture, on aurait peut-être mieux fait de marcher mais de toute façon on roule à moins de 15 km heure. Du belvédère naturel, la vue est à couper le souffle. On se demande comment se déroule la vie des gens du village, complètement isolés du reste du monde. Avant de redescendre, notre chauffeur nous pointe d’énormes rochers sur la route, résultat d’un éboulis récent, comme si notre peur d’une chute vertigineuse n’était pas assez. On sursaute maintenant à chaque petit bruit craignant d’être aplatis par une avalanche de pierres.

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Notre arrêt à la forteresse de Khakha, qui date du 3e siècle av. J.-C., n’a duré qu’un bref instant.  Les militaires lourdement armés nous on fait comprendre assez rapidement que l’on devait quitter sur-le-champ. C’est fou comme une mitraillette peut convaincre, pas besoin de traduction, on n’a osé qu’une seule photo et on est remontés dans le 4×4 en moins de deux. La citadelle sert toujours de point de contrôle frontalier.

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Plus haut, on découvre une autre forteresse, Yamchun, qui a été construite au 12e siècle. Cette fois, on a tout notre temps pour explorer les fortifications et les impressionnantes tours de guet qui surplombent la vallée. On rêvasse en observant le paysage incroyable qui s’offre à nous, encore une fois ça semble surréel et tout droit sorti d’un conte médiéval.

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Pour se dégourdir un peu, on fait une pause aux sources d’eau chaude Bibi Fatima. L’eau bouillante à l’odeur de soufre aurait des propriétés divines et favoriserait la fertilité. Les hommes et les femmes s’alternent toutes les 30 minutes, pas question de s’y baigner en couple, religion oblige. Les installations sont rudimentaires, une piscine naturelle creusée dans la pierre entre quatre murs pour protéger des regards indiscrets, on est loin d’un spa nordique branché mais ça fait vraiment du bien.

Jean-Michel : une fois à l’intérieur, Akhbar enlève tous ses vêtements. Je trouve ça un peu weird, on est juste tous les deux et on ne se connaît pas vraiment, mais bon, ça doit être comme ça par ici. On se baigne nu entre hommes, mais pas question de voir une femme en costume de bain. Chaque culture a ses tabous! L’eau est agréable, c’est tellement relaxant. Dans un coin il y a une petite chute, je m’installe en dessous un moment et ferme les yeux, détendu. Quelques minutes s’écoulent et j’ouvre de nouveau les paupières. Akhbar a disparu, trois jeunes ados ont pris sa place et me fixent intensément, intrigués de la présence d’un étranger. Ils portent tous les trois leurs maillots! J’ai vraiment l’air con à poil. Pour sortir, je dois me lever et passer entre eux, il y a comme un gros malaise.

Dans la bourgade de Yamg, Aydar Malikmamadov, le gardien des clés, nous fait visiter la maison du soufi mystique Mubarak Kadam Wakhani. Dans l’architecture traditionnelle du Pamir, chaque petit détail de la construction a une signification religieuse ou superstitieuse. Le nombre de colonnes, de poutres, la forme des fenêtres, la disposition des tapis, tout a un sens, c’est super intéressant. Dans la pièce commune centrale, il nous montre fièrement sa collection d’instruments de musique folklorique et on a même droit à un court concert improvisé.

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À Vrang, on traverse un champ de patates, suivis par des enfants qui tentent de nous vendre des « rubis » qui ne sont clairement que des morceaux de verre poli. Quand ils réalisent qu’on a mis à jour leur subterfuge et qu’on ne se fera pas avoir aussi facilement, ils nous guident tout de même gentiment jusqu’au bout de la plantation puis sur un sentier dans la montagne. Au sommet, un ancien stupa bouddhiste témoigne d’un passé complètement différent avant la conversion de la région à l’islam.

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Après presque douze heures de conduite, Akhbar insiste pour faire un dernier arrêt dans un temple le temps d’une prière. Le petit sanctuaire est décoré de crânes et d’ossements d’animaux divers, de pierres sacrées, de cornes d’Ibex et de chèvres Marco Polo qui semblent particulièrement vénérées. On a l’impression d’être dans un lieu de culte sanguinaire morbide, mais si ça peut nous garder en sécurité pour les prochains jours, c’est tant mieux !

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