Pamir, de Langar à Alichur. Tadjikistan 6

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Sur une paroi rocheuse, quelques kilomètres à l’est de Langar dans le corridor de Whakan, se trouveraient environ 6000 pétroglyphes datant d’il y a plus de 600 ans. On a beau chercher depuis un bon quinze minutes en suivant les indications plutôt vagues de notre chauffeur Akbar, il n’y a pas un seul ancien graffiti en vue. L’escarpement est de plus en plus à pic, la montée devient ardue. Un villageois curieux de nous voir inspecter le sol autour de sa maison de pierres vient nous accueillir. On ne parle pas plus de trois mots de tajik et notre russe n’est pas beaucoup mieux, la conversation est assez brève. Natalia, notre amie Colombienne qui vit présentement en Espagne remarque immédiatement son chandail du FC Barcelone. Étant une grande fan du Real Madrid, une discussion animée dans la langue universelle du football s’en suit aussitôt. Les yeux bleus pâles de l’homme ressortent magnifiquement sur sa peau noircie par les années passées à travailler sous le soleil ardent des montagnes. Il nous invite à le suivre d’un sourire éclatant, toutes ses dents sont serties d’or.

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Il nous indique les remarquables pétroglyphes, mais il est difficile de discerner les réelles antiquités des copies récentes et du vandalisme inconscient commis par les enfants du village reproduisant les gestes de leurs ancêtres. Il n’y a aucune protection pour préserver ce livre centenaire à ciel ouvert gravé sur le flanc de la montagne et c’est dommage. Des ânes broutent le peu d’herbe qui pousse à côté des gravures inestimables représentant des chasseurs armés d’arc, des chèvres Marco Polo, des symboles complexes d’une religion païenne oubliée et de ce qui semble être une voiture. Notre nouvel ami redescend tranquillement avec nous pour éviter que l’on se perde une deuxième fois et nous dit au revoir une main sur le coeur comme le veut la tradition locale. C’est de la sincère gentillesse. Dans un pays plus touristique, il nous aurait demandé un pourboire, ici, accueillir les étrangers c’est tout simplement la chose normale à faire.

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Après toutes ces heures sur la route, notre réservoir est presque à sec et nos réserves épuisées depuis longtemps. Les stations-service sont inexistantes dans la région, des entrepreneurs locaux font le long trajet jusqu’à Khorog et reviennent la voiture dangereusement chargée de barils, bouteilles et gallons d’essence qu’ils revendent à fort prix.  À notre premier arrêt, Akhbar ouvre un tonneau et en prend une bonne sniffe, il lance un regard désapprobateur au vendeur et on continue notre route, l’essence est diluée. Un peu plus loin, un vieux camion-citerne rouillé est garé au bord de la route, le pétrole passe le test olfactif, la couleur semble belle, la négociation peut commencée. Suite à plusieurs minutes de pourparlers, on achète quelques chaudières que l’on verse dans le 4×4 à l’aide d’un entonnoir.

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Du côté afghan, la route semble quasi impraticable, une caravane de chameaux transportant des provisions avance péniblement comme il y a des centaines d’années sur la route de la soie. Le village de maisons de terre que l’on aperçoit n’a certainement pas changé depuis cette époque, les gens nous envoient la main. On aimerait tellement traverser la rivière pour aller les rencontrer.

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On pourrait passer des jours à observer la nature qui s’offre à nous, on ne sait jamais à quoi s’attendre, c’est une surprise à chaque tournant. Après des heures de poussière, un champ de fleurs jaunes féérique vient mettre une touche de couleur devant les glaciers au loin, formant un tableau parfait.

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On quitte le corridor de Whakan vers le nord sur une piste complètement isolée qui coupe à travers la chaîne de montagnes pour aller retrouver la route de Pamir. Les paysages lunaires qui se succèdent par la fenêtre sont incroyables. Le chemin semble s’étirer à l’infini, dans tous les sens il n’y a que des pics rocheux à l’horizon, on est seuls au monde, c’est un sentiment grisant de liberté totale. Excités comme des enfants la veille de Noël, on rigole pour un rien. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles, on est sur un high de pur bonheur, la meilleure des drogues! C’est peut-être aussi le manque d’oxygène qui nous fait cet effet-là, à 4344m la passe de Kargush est une des sections les plus élevées de la M-41.

 Dans ce coin éloigné de tout, deux soldats à peine sortis de la puberté supposés défendre un check point militaire font une sieste entre un tas de sacs de sable et un rouleau de barbelé. On klaxonne pour les réveiller, puis tout endormis, ils contrôlent rapidement nos passeports, notre permis GBAO et retournent se coucher. Toute une défense contre les trafiquants d’héroïne et les Talibans!

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