Pamir, de Murghab à Osh. Tadjikistan 8

Ak-Baital tadjikistan

La famille qui nous héberge nous réveille tôt, le déjeuner est prêt, un œuf et un petit bout de pain sec. Ils ont fait bouillir une chaudière d’eau sur le feu pour notre toilette. La nuit a été courte, les matelas sur le sol sont minces et il fait froid. L’expérience est inoubliable, mais rapport qualité-prix, les maisons d’hôte du Tadjikistan ne sont pas ce qu’il y a de mieux. On a par contre vraiment l’impression que notre argent peut aider. On ne négocie jamais les prix, on se fait avoir consciemment avec le sourire.

Sept heures du matin, notre sac est fait, on est prêts, on attend patiemment Hamid le chauffeur, une tasse de thé à la main en regardant le village de Murghab s’éveiller tranquillement. Il arrive avec près d’une heure de retard, un air piteux au visage, quelque chose ne va pas. Les autres passagers ne sont pas là, il va falloir payer la voiture au complet si on veut partir. C’est un acteur médiocre, son histoire est clairement fausse, les autres clients n’ont jamais existé. Soudainement, on perd le sourire.

La veille, il nous a  montré l’itinéraire de ses derniers passagers. Dans le bas du papier, on pouvait voir le prix qu’ils avaient payé. Il les a plumés solide! Il ne fait pas du tout pitié. Il a très hâte de revoir sa famille au Kirghizstan, il peut rentrer seul s’il le veut. On n’est pas pressés, on prend nos sacs et on se dirige vers le bazar. Pas question de payer cet escroc, on va prendre un autre transport. Pris de panique à l’idée de perdre sa course, il promet de trouver d’autres voyageurs et on finit par embarquer avec lui. On fait le tour des hôtels, des restaurants, on passe par le marché et on cogne à plusieurs portes, mais on ne trouve personne. On est prêts à attendre longtemps. Qui va craquer le premier, le duel de patience commence. L’ambiance est tendue dans la voiture.

Deux heures plus tard, il cède enfin, on part pour le prix convenu hier. Il conduit comme un fou sur une route qui monte sur le bord d’un ravin. Il veut reprendre le temps perdu. Quand on lui dit de ralentir, on n’a droit qu’à un grognement en guise de réponse. On s’ennuie d’Akhbar.

route pamir tadjikistan

route pamir tadjikistan

Sur notre droite, une simple clôture de barbelés fait office de frontière avec la Chine. Il n’y a que des roches et de la poussière sur des kilomètres à la ronde, aucune végétation en vue et la route ne cesse de monter, passant des paysages de plus en plus désertiques. Du col d’Ak-Baital à 4655 mètres, on redescend doucement jusqu’au lac Kara-Kul qui, à 3914 mètres, est le lac navigable le plus élevé de toute la planète.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, des prisonniers allemands étaient enfermés dans une prison sur une petite île isolée au centre du lac. La rumeur veut que le site était tellement reculé que les responsables n’ont appris la fin du conflit que plusieurs années plus tard et que les détenus n’ont pas survécu au froid et aux travaux forcés. On aurait bien voulu s’y arrêter, mais notre chauffeur à l’air bête ne veut rien savoir. Une photo rapide du lac, c’est tout ce qu’on a réussi à négocier.

lac karakul tadjikistan kara-kul

Au  poste frontalier, il faut graisser la patte aux militaires avec quelques billets pour poursuivre la route sans problème. Hamid semble habitué et s’en occupe en bougonnant. Un peu plus loin, ce sont les responsables du contrôle anti-drogue qui veulent leur part et finalement les douaniers qui étampent notre passeport et qui ne se gênent pas pour demander un pot de vin. La route de Pamir qui était déjà dans un état pitoyable du côté tadjik est réduite à un sentier boueux risqué sur les vingt kilomètres du no man’s land qui nous séparent du Kirghizstan.

Les douaniers kirghiz nous accueillent amicalement sans qu’on ait besoin de soudoyer qui que ce soit. La végétation est de retour, les pâturages d’un vert éclatant contrastent grandement avec les paysages lunaires traversés ces derniers jours. Des chèvres et des vaches broutent de chaque côté de la route et des troupeaux de chevaux galopent dans les prés, c’est magnifique. Il fait un peu plus chaud, ça fait du bien. Le chauffeur semble même avoir retrouvé sa bonne humeur. On traverse le village de Sary Tash qu’on avait adoré et on poursuit vers Osh sur une vraie route asphaltée, quel bonheur. Puis BANG! le moteur saute.

route pamir frontière Kirghizstan tadjikistan

route pamir frontière Kirghizstan tadjikistan

Ça fait plus d’une heure qu’on regarde le vide assis sur le bord du trottoir dans une station-service perdue. Si on a bien compris, on attend une pièce pour réparer le jeep. Finalement, la courroie qui arrive ne fait pas l’affaire, pas moyen de redémarrer. On patiente une autre heure pour un taxi et c’est reparti. Hamid semble à bout de nerfs et nous aussi.

À Osh, on prend le même appartement que la dernière fois. Comme c’est le ramadan, le petit déjeuner n’est plus inclus, mais ils font le souper pour les clients. On partage le repas avec une dizaine d’autres voyageurs et puisque l’alcool est interdit à l’hôtel, on finit la soirée sur une terrasse russe où on sert des bocks de bière bien froide. On en avait vraiment besoin après cette pénible journée. Notre chauffeur en aurait certainement pris lui aussi s’il n’avait pas été musulman.

Laisser un commentaire