Karakol, Jeti-Öghüz et Altyn-Arashan. Kirghizstan 8

Przhevalsky

Un vol rapide depuis Osh nous ramène à Bichkek, là où on avait passé plusieurs jours à organiser nos visas pour toute l’Asie centrale. On a un peu l’impression de revenir à la maison après un long voyage. Une seule nuit dans « notre » lit à l’hôtel Apple, un bon bol de plov réconfortant à la cafeteria adjacente et on est déjà de retour sur les routes. Direction l’est du pays, vers Karakol sur les rives du lac Issyk Kul.

On ne fait aucune recherche sur la ville avant d’y arriver et à la dernière minute, on décide de se faire déposer à l’hôtel suggéré par le Lonely Planet. On se demande vraiment qui écrit ces livres et si les auteurs visitent réellement les endroits recommandés. Le gérant de l’auberge, que l’on croyait à première vue être un itinérant, est complètement soûl. À l’odeur, il est évident qu’il n’a pas pris de douche depuis un bon moment et à voir l’état des toilettes, on le comprend. Il s’obstine à nous parler en russe malgré notre air perplexe et même si on ne le comprend pas, on voit bien qu’il radote. On cherche le charme champêtre décrit dans le guide mais tout ce que l’on voit, c’est une vieille maison poussiéreuse qui tombe en ruine. Pas le choix, on est crevés et les autres hôtels sont trop loin. L’ambiance nous rappelle les prémices d’un film d’horreur et les vieux mannequins en maillot de bain des années trente qui décorent la chambre nous font un peu angoisser. On se couche tout habillé sans rentrer sous les draps louches jaunis, demain on trouvera mieux !

Kirghizstan karakol

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Une amie nous avait pourtant recommandé un endroit au bord de la rivière, on aurait dû l’écouter la veille. Les chambres sont super propres et on a une belle vue sur la rivière et les montagnes. Daniel, le proprio, nous fait plusieurs suggestions de visite dans le coin sans essayer de nous vendre un tour organisé. Il propose deux treks qu’il nous conseille de faire par nous-même afin d’économiser sur un guide. Il prend même le temps de nous dessiner une carte maison sur un bout de papier pour nous expliquer la route.

Ancien avant-poste des troupes tsaristes, la ville compte plusieurs belles vieilles maisons traditionnelles russes en bois, une superbe cathédrale orthodoxe classique et une mosquée au look unique, mais on fait rapidement le tour. On se rend donc voir le lac qui fait la renommée de la ville. On est assez déçus. La plage d’Oka ressemble à une station balnéaire 5 étoiles comparée à celle de Karakol! On ne comprend vraiment pas pourquoi autant de touristes kazakhs et kirghizes font un long voyage pour venir s’y baigner. On se fait un petit pique-nique sur la plage. Les gens ont l’air de vraiment s’amuser, tout le monde est super joyeux et la bière coule à flots. Le soleil nous fait du bien et leur bonheur est contagieux.

Kirghizstan karakol

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Au retour, on s’arrête dans un musée commémorant la vie de Nikolay Mikhailovich Przhevalsky. Célèbre explorateur russe décédé du typhus à Karakol, il organisa plusieurs expéditions en Mongolie, en Chine et au Tibet dans les années 1870. Son histoire et les vieilles photos de ses voyages sont fascinantes. Dommage, les seuls livres relatant sa vie sont uniquement en russe. La section d’histoire naturelle est bien elle aussi mais l’exposition de taxidermie est totalement hilarante ; disons que la technique n’était pas encore au point.

Kirghizstan karakol

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On part tôt le lendemain matin pour notre première excursion dans la région. Un taxi nous mène dans une jolie petite bourgade d’où un sentier s’engage dans une forêt de pins vers les montagnes au loin. Après une dizaine de minutes de marche, on aperçoit comme prévu la formation rocheuse Jeti-Öghüz qui, semble-t-il, ressemble à sept taureaux. Les roches rouges qui s’élèvent abruptement au milieu du paysage saturé de toutes les teintes de vert possible sont magnifiques, mais il faut beaucoup d’imagination pour y voir des taureaux, même un seul. On sort le petit bout de papier sur lequel se trouve notre plan maison. Il devrait y avoir un pont à notre gauche et un seul chemin possible pour un certain temps. Pas de pont, pas même une rivière à traverser et la route devant nous se sépare en trois embranchements différents. Ça commence bien! On décide de prendre une voie au hasard et par chance, quelques instants plus tard, on rejoint un petit pont rustique en billots de bois. On marche tranquillement le long de la rivière durant presque deux heures. De chaque côté, des chevaux sauvages par dizaine galopent librement, c’est ravissant. Encore une demi-heure et on atteint les Jailoo, des pâturages où plusieurs familles kirghizes passent leurs étés dans des yourtes à s’occuper de leur troupeau, tout comme le faisait leurs ancêtres nomades depuis des milliers d’années. On sort notre lunch et aussitôt le tonnerre se met à gronder, suivi par une petite pluie et un déluge. Comme deux mauvais scouts, on se cache sous un arbre le temps que ça passe. Tout mouillé, le retour est beaucoup moins agréable. Une fois au village, une voiture s’arrête et le chauffeur offre gentiment de nous ramener à Karakol.

Kirghizstan karakol Jeti-Öghüz

Kirghizstan karakol Jeti-Öghüz

À 12 km de Karakol, nous entamons une autre randonnée ardue de six heures qui nous fait gravir une vallée alpine aux paysages impressionnants. À plus de 3000 mètres d’altitude, l’oxygène est plus rare et chaque petit effort s’avère beaucoup plus difficile. La dernière montée nous récompense d’une vue grandiose sur le massif pic enneigé du Palatka qui s’élève à 5020 mètres, surplombant la vallée d’Altyn-Arashan où des sources d’eau chaude nous attendent. On reprend notre souffle et on redescend tranquillement vers un minuscule village installé dans une clairière au bord de l’eau plus bas. On est presque arrivés quand des pluies torrentielles s’abattent sur nous.

Kirghizstan karakol Altyn-Arashan

 

Une famille qui loue des chambres nous accueille chez elle. La table déborde de bonbons et de petits beignets, c’est le dernier jour du ramadan, on va se sucrer le bec. On étend notre linge trempé sur le bord du poêle à bois pour le faire sécher et on prend une bonne tasse de thé pour se réchauffer. Comme on frissonne toujours, ils sortent la boisson forte pour nous redonner un peu de couleurs. Le koumis, l’alcool local, est produit en faisant fermenter au soleil du lait de jument dans une vessie de vache. Ça semble répugnant rien qu’à y penser…. ce l’est encore plus quand on l’a au travers de la gorge, incapables d’avaler avec toute la sympathique petite famille qui nous observe! Imaginez du lait sucré pétillant et caillé, c’est disons particulier. On avale tant bien que mal avec un sourire forcé et on s’empresse de se bourrer la face dans les sucreries pour changer le goût. On part rapidement visiter les sources d’eau chaude de peur qu’ils décident de nous offrir un autre verre.

L’eau bouillante est déviée dans des petits bassins abrités par des cabines de bois au bord de la rivière. L’eau est tellement chaude qu’on a de la difficulté à y rester plus de quelques minutes à la fois. C’est tellement relaxant. Épuisés par la marche, mais agréablement détendus par les bains thermaux, on retourne chez nos hôtes pour le souper. Une bonne bouteille de deux litres de bière nous attend sur la table. Ça c’est dans nos goûts ! Ils ont bien deviné que notre expérience du koumis ne fut pas très agréable. Le repas et la bière terminés, les paupières lourdes, on part se coucher aussitôt. Tout habillé encore une fois tellement il fait froid, ça devient une habitude.

Le lendemain, on doit accomplir la marche du retour sans nos bas, ils ont fâcheusement passé au feu sur le poêle à bois!!!

2 days trekking in Altyn Arashan, Issyk-Köl, Kyrgyzstan #altynarashan #issykkullake #kyrgyzstan

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