Bakou Azerbaïdjan 1

Bakou Azerbaïdjan

Nous avons toujours été attirés par les lieux plus méconnus, loin des sentiers battus et du tourisme de masse. Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan a beau être la plus grande ville du Caucase, elle fait clairement partie de ces destinations exotiques qui nous font tant rêver, à mille lieues du circuit touristique classique de l’Asie parcouru par des millions de voyageurs chaque année.

Après plusieurs recherches, on déniche une agence sur internet qui accepte de nous fournir une lettre d’invitation officielle et de s’occuper de nos visas pour visiter le pays sans que l’on ait à réserver de tour organisé avec eux. Il suffit de leur transférer 160 pounds (270 dollars) par PayPal dans un compte à Dubaï. C’est franchement louche, on hésite longuement avant de se décider, mais finalement on court le risque. Encore un peu réticents, on envoie tout de même les documents et l’argent, puis plus aucune nouvelle………… pendant 5 interminables semaines d’angoisse. On commence à être assez nerveux, l’avion décolle dans 17 jours et plus personne ne répond à nos courriels. C’est certain, on s’est fait arnaquer solide! On reçoit finalement un e-mail en plein milieu de la nuit, on est tellement soulagés, mais ça ne dure qu’un instant. Il y a seulement un visa, le deuxième est apparemment toujours en traitement. Aucune excuse et pas la moindre explication. On pense à annuler notre vol, puis le second arrive in extremis trois jours plus tard, accompagné d’un sondage sur notre niveau de satisfaction des services fournis par l’agence. La note allouée n’a disons pas été très élevée.

Bakou Azerbaïdjan

Bakou est séparée en deux régions bien distinctes, la veille ville fortifiée sur le bord de la mer Caspienne et le quartier postsoviétique qui se transforme rapidement en secteur hyper moderne à l’architecture futuriste grâce aux pétrodollars qui abondent. À l’extérieur, sur des kilomètres à la ronde, il n’y a que le désert où des centaines de puits de pétrole pompent jour et nuit. Un taxi nous dépose devant l’entrée principale des remparts. Une petite rue trop étroite pour les voitures passe sous une vieille arche de pierre et grimpe vers l’ancienne cité où se situe notre hôtel. Ce qui nous frappe, c’est la propreté des lieux. Les bâtiments ont beau dater du 15e et même du 12e siècle pour certains, on croirait qu’ils viennent tout juste d’être construits. On a l’impression de se promener dans un décor de film, tout semble soigneusement disposé, il n’y a pas un pot de fleurs, pas un pavé de travers. Les quelques arbres qui poussent et les vignes fleuries qui s’agrippent aux balcons de bois sont parfaitement taillés. Les vendeurs du souk sont discrets et leurs boutiques bien rangées, ce n’est pas le fascinant chaos des marchés musulmans auquel on s’est habitué. Sur le bord d’une fontaine, à l’ombre d’un palmier, trois vieux hommes se disputent autour d’une partie de backgammon. Un chapeau brodé traditionnel sur la tête, penchés sur une vielle canne finement sculptée, un chapelet de bille pour la prière islamique dans une main, un petit verre à thé serti de dorure dans l’autre, des lunettes fumées de designer pour finir le look, leurs accessoires sont tellement parfaits que l’on se demande si ce ne sont pas des figurants. Même les chats errants paraissent avoir été habilement dressés pour sortir au moment idéal pour ajouter à l’ambiance.

Bakou Azerbaïdjan

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Derrière les façades si bien préservées des immeubles, par contre, c’est autre chose. Un escalier délabré obstrué par plusieurs cordes à linge où sèchent des ribambelles de caleçons devrait nous mener jusqu’à notre hôtel, mais on dirait plutôt un logement abandonné. On redescend, un peu frustrés, on est pourtant à la bonne adresse et la chambre a été payée d’avance. Comme le trois quart de notre budget est passé dans le visa, on a réservé la moins chère en ville. En quittant l’immeuble, on croise une dame qui nous sourit, on lui demande si elle sait où se trouve le Old town guesthouse. Elle se met à hurler dans la cage d’escalier, une tête sort d’une des fenêtres au deuxième étage, elle se met à crier elle aussi, puis un ado arrive en courant une clef dans les mains. L’hôtel que l’on a réservé vient tout juste d’être racheté par sa famille. Ils vont ouvrir la semaine prochaine, mais ils veulent bien nous accommoder. On a un petit appartement pour nous tout seul, ce n’est pas le grand luxe, mais c’est beaucoup mieux que prévu. On s’installe tranquillement. Ça cogne à la porte, devant nous deux hommes tout en sueur, un frigo dans les bras. Quelques minutes passent et ils reviennent pour nous connecter le wi-fi, changer le rideau de douche pour un plus joli et réparer le ventilateur. Une heure plus tard, on entend du bruit dans la salle à manger, ils sont en train de raccorder le gaz pour la cuisinière et ils remplissent les armoires de vaisselle, de thé, de café et de grignotines.

Tout près de notre nouvel appartement se trouve l’intrigante tour de la vierge ou Qiz Qalasi. Inscrite au patrimoine mondial en 2000, sa date de construction reste un mystère. Certains experts croient qu’elle date du 12e siècle, d’autres, beaucoup plus tôt aux alentours du 7e. La raison de son édification est source de nombreuses légendes. Une d’elles raconte que le shah de Bakou se serait épris de sa propre fille et lui aurait demandé de l’épouser. La fillette, ne pouvant refuser la requête de son père, lui aurait astucieusement réclamé de faire ériger la plus haute tour jamais construite avant de célébrer leur union, afin de retarder la date de leur mariage le plus possible et souhaitant ainsi qu’il reprenne ses esprits et change d’idée. Plusieurs années plus tard, vers la fin des travaux, le shah toujours aussi amoureux réitère sa demande. Désespérée, la princesse monte au sommet de la tour et se jette dans la mer. Le rocher où elle s’écrasa fut surnommé la pierre de la vierge et les jeunes fiancés y déposent encore de nos jours des fleurs la veille de leurs noces.

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À quelques minutes de marche plus loin, par les ruelles tortueuses, le Palais des Chirvanchahs est un large complexe de monuments historiques du 15e siècle incroyablement bien conservé. L’architecture perse de la mosquée avec son haut minaret, les délicates gravures sur pierre des mausolées, les superbes tombes souterraines, les vestiges des bains qui s’étendaient sur 26 pièces et le palais où se trouve un fascinant musée nous occupent pour une bonne partie de la journée.

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Les boutiques de luxe pour nouveaux riches, Dior, Prada, Bentley, Mont-Blanc, s’enchaînent le long du boulevard Neftchilar qui longe la mer Caspienne. Il fait chaud, très chaud et il n’y a pas un seul commerce où on peut aller subtilement profiter de l’air conditionné sans être escortés par un garde de sécurité méfiant et une vendeuse au physique de mannequin. On ne semble pas être la clientèle cible de Bakou. Même les petits restos sont hors de prix et l’on n’a pas traversé la moitié de la planète pour boire un café à 8 dollars dans un Starbucks identique à celui qui se trouve à deux coins de rue de chez nous. Dans un parc, de l’autre côté sur le bord de l’eau, un écriteau indique le musée des tapis. On s’approche, les portes s’ouvrent et une brise fraiche nous confirme qu’il y a la clim. On a soudain énormément envie d’en apprendre plus sur l’art du tissage. On y passe finalement plus de deux heures, c’est réellement intéressant et le bâtiment moderne est superbe.

On reprend notre marche. Après quelques pas, on réalise que les rues sont complètement désertes, il n’y a mystérieusement plus un seul piéton sur les trottoirs. Des policiers surgissent de partout et la circulation est rapidement détournée, c’est très bizarre. Deux jeeps blindés escortant une limousine arrivent à toute allure, un agent nous fait fermement signe de dégager. On ne pose pas trop de questions et on s’empresse de quitter les lieux.

Le funiculaire qui doit nous conduire sur l’avenue des Martyrs, plus près des Flames Towers, est fermé sans raison apparente. On emprunte donc le sentier abrupt qui se trouve juste à côté, même s’il y a des centaines de marches à gravir et que l’on est déjà tout en sueur. Au premier tournant, caché à plat ventre derrière un bosquet, un militaire en tenue de camouflage observe le boulevard plus bas dans la lunette de son fusil, quelques mètres plus loin un autre tireur d’élite ajuste son arme. On commence à se demander si on devrait être nerveux.

Une fois au sommet, depuis le belvédère qui surplombe la ville, on a la vue grandiose pour nous tout seul. Un autobus arrive malgré les rues bloquées. Une trentaine d’hommes en habit cravate en descendent le temps de quelques photos et ils repartent aussitôt. Il paraît que ce sont des diplomates iraniens venus participer à une rencontre exceptionnelle entre le président d’Iran, Hassan Rouhani et Vladimir Putin. Le sommet a lieu aujourd’hui même dans un hôtel de luxe sur l’avenue où l’on se trouvait un peu plus tôt.

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