Sheki Azerbaïdjan

caravansarai sheki azerbaidjan

Sheki, un petit village d’Azerbaïdjan situé à la lisière des montagnes du nord-est du pays était un arrêt fréquent pour les marchands qui parcouraient la région à l’époque de la route de la soie vers la Chine. Réputé pour ses nombreux caravansérails confortables offrant un hébergement sécuritaire à l’abri des loups féroces et des brigands qui rodaient dans les bois environnants, le village procurait un repos bien mérité sur le trajet risqué qui ne faisait que commencer. Contrairement aux voyageurs intrépides qui mettaient plusieurs mois pour y mener leur caravane de centaines de chameaux et de yaks au péril de leur vie, nous débarquons à l’hôtel après à peine 4 heures tout en admirant le paysage désertique depuis les fenêtres d’un vieil autobus.

Ilgar, le propriétaire de l’auberge de seulement 2 chambres où nous allons passer les prochains jours nous accueille comme de grands amis avec une bonne tasse de thé sucré et une accolade sincère. On discute, on apprend un peu à se connaitre. Les touristes occidentaux se font rares par ici et il en profite pour en découvrir un peu plus sur notre coin du monde. Voyager dans les régions moins visitées comme ici, c’est un peu être ambassadeur de sa propre culture du même coup. Les gens sont aussi curieux que nous. Une famille en vacances venue de Bakou se joint à nous. Ils sont vraiment surpris d’apprendre qu’il y a une province francophone en Amérique du Nord. Les heures passent et comme toujours la discussion vire naturellement à un de nos sujets favoris, la nourriture. Ça nous ouvre l’appétit et il est justement l’heure de souper. Ils nous suggèrent une spécialité locale, le piti.

Le restaurant Gagarine, que l’on finit par trouver grâce à la fusée sur son enseigne et non par notre compréhension  médiocre du cyrillique, procure une vue splendide sur le village rustique avec ses jolis chemins de pierre qui mènent à une forteresse perchée sur les collines au loin. Le serveur nous apporte un bock de bière bien glacée et un pot de terre cuite dans lequel bouillonne encore une gibelotte huileuse où flotte un gros bout de gras mou. Pas trop certains de savoir quoi en faire, on s’occupe tout d’abord de la bière! On observe discrètement nos voisins de table qui déchirent quelques morceaux de pain dans un bol et y versent ensuite le liquide de leur piti qu’il saupoudre d’un condiment mauve inconnu avant de manger le tout comme une soupe. On retire les bouts d’agneau du pot et on écrase ensuite tout ce qu’il y reste avec une fourchette, les pois chiches, les légumes et le gras pour en faire une purée que l’on mange en accompagnement avec une autre bonne dose de l’épice mystère (on apprendra qu’il s’agit de sumac).

piti sheki azerbaidjan

L’estomac bien rempli, on se promène au hasard dans les ruelles pleines d’atmosphère pour digérer un peu, quand un homme nous approche dans un anglais approximatif.

You hungry?

(Euh non, pas du tout!) Mais il a l’air si gentil.

Il nous fait signe de le suivre dans une pâtisserie, on a toujours de la place pour un petit truc sucré et une tasse de thé. On discute à peine une minute, le temps qu’il commande une immense portion d’halvasi, un type de baklava local. Il règle la facture et reprend sa route en nous souhaitant une bonne nuit. Il voulait tout simplement nous payer un dessert!

halvasi sheki azerbaidjan

Le lendemain matin, on prend le petit déjeuner avec Ilgar qui nous concocte un itinéraire pour la journée. Premier arrêt, l’ancien caravansérail où logeaient les marchands et leurs animaux il y a des centaines d’années. L’endroit est magnifique et il est facile de s’imaginer l’ambiance qui devait y régner autrefois avec les voyageurs de partout à travers le continent. On regrette de ne pas y avoir passé la nuit.

caravansarai sheki azerbaidjan

Un peu à l’extérieur de la ville, protégé par un rempart de pierre, le palais des Khans de Sheki, construit à la fin du 18e siècle est à lui seul un musée complet sur l’artisanat azerbaïdjanais. Bâti sans le moindre clou, chaque petit racoin est finement ornementé de tuiles, de boiseries, de vitraux ou de murales multicolores. La visite se fait avec un guide local qui ne parle pas anglais, mais nous avons la chance d’être accompagné de deux professeurs venus de Bakou et ils nous font gentiment la traduction.

palais khans sheki azerbaidjan

Une musique entraînante nous attire jusque dans un parc non loin de là. À l’ombre d’une magnifique église, une famille réunie pour un pique-nique entame quelques pas de danse. On est tout de suite invités à se joindre à eux pour apprendre les rudiments d’une danse folklorique!

église sheki azerbaidjan

sheki azerbaidjan

Le soir venu on retourne chez Gagarine pour quelques kebabs. Une fois le repas terminé, le serveur nous amène une bouteille de vin de la part d’un client qui veut nous souhaiter une bonne soirée. On l’invite à s’asseoir avec nous. Igor parle à peine anglais, à vrai dire il ne le parle pas du tout, mais il est très fort en mime après quelques verres! La bouteille achevée, il sort son téléphone, compose un numéro et nous donne l’appareil. C’est sa fille qui étudie à Boston. Elle nous explique que son père aimerait nous inviter à prendre quelques bières autour d’une partie de billard. Elle semble trouver la situation aussi loufoque que nous, elle nous souhaite une bonne soirée en riant. En route, on s’arrête pour goûter le meilleur halvasi en ville. Apparemment, celui de la veille était un attrape touriste sans goût. Dans la pâtisserie, on rencontre Orxan et sa famille qui décident de nous accompagner à la salle de pool. On fait quelques parties, puis on finit la soirée dans un pub branché qui pourrait se trouver aussi bien à Montréal, New-York ou Paris, mais certainement pas en région rurale de l’Azerbaïdjan, avec l’idée que l’on se faisait du pays il y a quelques jours encore.

selfie sheki azerbaidjan

sheki azerbaidjan

Le lendemain, un chauffeur de bus qui semble curieux de nous voir utiliser les transports en commun locaux nous laisse en bordure de la route et nous indique le chemin pour le village de Kis. Les rues étroites pavées de pierre, la vieille église sur la place centrale et les maisons rustiques nous transportent automatiquement à une époque médiévale qui nous fait toujours rêver. Un sentier au nord du village devrait nous conduire en une heure de marche aux ruines d’un château oublié au cœur de la forêt.

église kis azerbaidjan

Après deux heures, toujours pas de vestiges en vue. On commence à ressentir les effets de l’alcool pris la veille et nos réserves d’eau sont vides. On se demande vraiment ce qui nous a pris d’entreprendre cette randonnée, quand heureusement on croise un vieil homme qui cueille des mûres en sifflotant. Il essaie de nous expliquer le chemin, mais comme ça semble beaucoup trop compliqué, il nous accompagne, comme si c’était tout à fait normal, pour une bonne heure de marche jusqu’à un poste militaire. Il échange deux trois plaisanteries avec les soldats et repart vers ses mûres. Les militaires font un appel radio et nous font signe de patienter. Ils reçoivent des ordres puis pointent notre destination de leurs mitraillettes. On rejoint la route principale où se trouvent quelques restaurants et un grand parc avec plusieurs aires de pique-nique. Un panneau indique le village de Kis à 1.5 kilomètre de là, on a apparemment pris un long détour!

kis azerbaidjan

Le château s’avère n’être qu’un vieux mur rongé par le temps, enseveli sous les mauvaises herbes. On se demande vraiment ce qu’on fait là! Une famille qui semble se poser la même question nous invite à partager leur repas. Des tranches de melon d’eau et du fromage style feta que l’on déguste entre deux tranche de pain frais, des noix, une salade et beaucoup de thé. On passe le reste de la journée en leur compagnie.

forteresse car azerbaidjan

car azerbaidjan

Sur le chemin du retour, une voiture s’arrête pour nous offrir un sac de feuilles de thé sauvage qu’ils ont récoltées dans la forêt. Il n’y a pas à dire, la gentillesse des gens nous épate tous les jours.

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